GAMALIEL
Nicodème attendait la visite de son ami Gamaliel qui revenait d’Alexandrie où il avait passé deux ans.
Depuis trois jours qu’il était arrivé à Jérusalem, qui Gamaliel avait- il déjà rencontré ? Comment les événements survenus en son absence lui avaient-ils été racontés ? Par qui ? Les grands prêtres, Caïphe et son beau père Hanne ? Sûrement. Hérode ou ses amis ? Evidemment non, sauf peut-être Chouza. Que savait-il, que pensait-il de ce qui s’était passé et avait tant secoué la ville à la dernière Pâque.
Six mois déjà, et cela semblait hier.
Gamaliel, cet érudit, ce sage écouté de tous au sanhédrin, ce maître vénéré de ses élèves, qu’avait-il entendu dire sur le Nazaréen, Yeshouah ben David, qu’après avait tant suivi, tant acclamé, le peuple, à l’instigation de ses chefs, avait livré aux Romains pour être mis à mort ?
Gamaliel entra. Les banalités de courtoisie furent brèves, Nicodème avait hâte d’aborder la question qui lui tenait à cœur. Les deux amis s’enfoncèrent confortablement dans de profonds divans.
Gamaliel
- Il paraît que tu l’as connu ?
Nicodème
- Oui, je l’ai écouté, fréquenté, suivi, pendant plus d’un an.
Gamaliel
- Que penses-tu de lui ? De sa vie ? De sa mort ? Raconte-moi, puisque tu l’as connu.
Nicodème
- Avant de parler, je voudrais savoir ce qu’on t’a déjà dit de lui. Je sais que tu as fait quelques visites.
Gamaliel
- Bien sûr.
Eh bien, pour Hanne et Caïphe, c’était un illuminé dangereux, un orateur hors du commun, capable d’enthousiasmer les foules et de les entraîner vers…on ne savait trop quoi. Il leur paraissait proche des Zélotes, ainsi que, curieusement, de ceux de Qumran, et pourtant il gardait ses distances, sa singularité. Pour la plupart de nos amis, il est inclassable, parlant de Dieu comme un prophète, mais ne s’inclinant devant rien, ni le Shabbat, ni le temple où il osa faire une petite révolution, renversant les tables des changeurs, répandant l’argent par terre et chassant les vendeurs. On m’a dit aussi qu’il critiquait certaines de nos traditions, se moquant des docteurs de la loi. Bref, plus qu’inclassable, insaisissable.
Mais c’est ce que pense Joseph d’Arimathie qui m’a le plus impressionné : il le considère comme un envoyé de Dieu, le plus grand des prophètes, Moïse et Elie réunis.
Nicodème
- Oui, un prophète et bien plus qu’un prophète : il est le Messie.
Gamaliel
- Nicodème, ton amitié pour lui t’égare. Un prophète, oui, j’irais bien jusque là, il a eu la vie et la mort d’un prophète, signe de contradiction. Mais il n’est pas le Messie, voyons, le Messie ne peut pas mourir.
Nicodème
- Gamaliel, il faut que tu saches : il est
VIVANT