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Première partie :




S O L E I L
















Chapitre I



LA PREMIERE HEURE



           En poussant la porte du bar de l’aérodrome, j’eus l’impression de franchir le seuil de l’aventure : j’allais devenir pilote. Un regard autour de moi : étaient-ce tous des aviateurs, perchés sur les hauts tabourets ?
Que faisaient-ils là, au lieu d’être en l’air par ce beau samedi de juin ?
           Je pris la main de Georges pour lui faire partager mon excitation.
Il s’approcha du comptoir et demanda :
- Pour apprendre à piloter, à qui faut-il s’adresser ?
- En bas, au bureau, c’est marqué « bureau » sur la porte.
           La petite femme rondouillarde qui lui avait répondu retourna au nettoyage de ses verres. Mais l’un des hommes pivota et nous fit face :
- A cette heure-ci, il  n’y a personne au bureau, tout le monde est en piste. Revenez ce soir après six heures, les planeurs seront posés, ça n’accroche pas fort aujourd’hui, trop beau, pas de nuages.
           J’ai jeté un coup d’œil à ma montre : cinq heures moins le quart, plus d’une heure à occuper. Remerciant celui qui venait de nous renseigner, Georges demanda si nous pouvions, en attendant six heures, nous approcher des pistes et des avions. Négatif : ne pas s’aventurer sur le terrain plus loin que la manche à air et ne pas s’approcher des aéronefs. Ce terme, qui me paru délicieusement désuet, m’intrigua :
- Aéronefs ?
- Nous appelons ainsi tout appareil volant : avion, planeur, ballon dirigeable. Lequel voudriez-vous apprendre à piloter ?
           Georges sourit :
- Sûrement pas les ballons dirigeables. Nous n’avions pas pensé aux planeurs, nous venons pour les avions.
           Le « nous » fit réagir notre interlocuteur :
- Vous aussi, Madame, vous voulez piloter ?
           J’acquiesçai, étonnée de l’intérêt qui pointait dans sa voix. Quand Georges avait, pour la première fois, parlé d’apprendre à piloter, j’avais trouvé tout naturel de pratiquer ce sport avec lui. Je conduisais la voiture, pourquoi pas un avion ?  
           Derrière son comptoir, le visage rond de la serveuse se montra et les autres pilotes me dévisagèrent avec curiosité, je devenais une future collègue.
           L’homme qui avait engagé la conversation avec nous, vida son verre et quitta son tabouret ; je lui donnais à peu près l’âge de Georges, pas encore la quarantaine, alors que les autres paraissaient beaucoup plus jeunes, vingt ans tout au plus.
- Le plus simple, dit-il, est que je vous accompagne en piste, vous ferez connaissance avec le terrain, en attendant Eric Bardin, notre chef-pilote, qui est en l’air en ce moment ; c’est lui qui vous indiquera la marche à suivre. Je me présente, André Joubert, vélivole.
Georges s’exécuta à son tour :
« Le Docteur et Madame Engelvin » 
- Ici, c’est un terrain de vol à voile surtout, vous verrez donc beaucoup de planeurs ; mais il y a un aéro-club moteur depuis plus d’un an, avec un avion-école et un très bon moniteur.
           Tout en parlant, nous avons descendu l’escalier, jeté un coup d’œil sur le « bureau » effectivement désert, puis nous engageant sur la bretelle, nous avons dépassé la pompe à essence et l’aire à signaux où la manche à air laissait pendre tristement ses bandes rouges et blanches le long de son mât, faute de vent.
           Pour occuper le temps, Georges expliqua à notre compagnon comment, à force de voir un petit avion survoler la maison de campagne que nous louions depuis deux ans dans la région, l’envie nous était venue de réaliser un rêve d’enfance nourri des exploits de Mermoz et des écrits de Saint-Exupéry.
L’un de ses malades, en lui affirmant que ce sport n’était pas plus coûteux qu’un autre, « moins que le golf ou que l’entretien d’un cheval, un peu plus que le tennis », l’avait aidé à passer du désir à l’acte.
Mon enthousiasme pour ce projet lui avait causé un vif plaisir, heureux de me voir souhaiter prendre les commandes en main le plus tôt possible.
           Avant de consacrer l’été à l’aviation en bouleversant nos projets de vacances, il fallait nous renseigner sur les conditions de l’école de pilotage. A part les quarante heures nécessaires à l’obtention du brevet de pilote privé, Joubert ne pouvait rien nous dire de précis sur le fonctionnement du club moteur, mais Eric Bardin, le chef-pilote, qui totalisait 5000 heures de vol, allait nous expliquer tout ça.
Le voilà justement qui se posait avec un gros planeur rouge brique à deux places, le C.800, d’où émergeait… un bien jeune homme pour 5000 heures de vol ! On lui donnerait à peine vingt-cinq ans, brun, pas très grand, 1m75 environ, sportif à voir l’aisance du saut hors du cockpit.
Un fort bel homme, ma foi !
Un mouvement s’était immédiatement dessiné chez les jeunes vélivoles couchés en bordure de piste, tous se relevaient rapidement et se dirigeaient vers le planeur pour le tourner et le dégager de la piste. Joubert nous demanda de l’attendre, il allait toucher un mot à Bardin de notre requête.
           Après l’ordre donné aux élèves de rentrer les planeurs au fur et à mesure des atterrissages, le chef-pilote s’approcha. Les présentations faites, Georges lui fit par de notre désir. Il me jeta un regard rapide et répondit aimablement aux questions de mon mari. Les qualités premières requises d’un futur pilote me parurent d’essence… paperassière, car l’énumération des formalités nous ramena jusqu’au bureau où le chef-pilote nous remit la liste des papiers nécessaires à l’obtention de la carte de stagiaire : inscription à l’aéro-club, visite médicale, fiche d’état civil, certificat de nationalité, assurance, droits d’inscription et achat des tickets de vol, de quoi m’occuper un bon moment, car ne n’était pas Georges qui aurait le temps de le faire. Ensuite, on pourrait envisager un rendez-vous avec le moniteur.
           Depuis que Georges m’avait mis dans la tête que nous allions voler, je n’avais plus qu’une idée : m’asseoir aux commandes d’un avion.
Aussi les formalités furent-elles vite expédiées, car mon impatience me stimulait.
           Le chef-pilote dissimula mal son étonnement lorsque, le samedi suivant, Georges lui présenta nos deux carnets de stagiaires, nos fiches, les tickets de vol, l’assurance et lui demanda comme allant de soi : 
- Pouvons-nous commencer tout de suite ?
- Jean-Philippe Sornier, votre moniteur, n’est malheureusement pas là aujourd’hui, voulez-vous revenir demain à dix heures ?
- Mais vous, vous êtes là, vous n’êtes pas moniteur ?
- Affirmatif ! Mais je m’occupe uniquement des planeurs.
           Ma déception se lut sur mon visage, et Georges insista :
- Ma femme n’a encore jamais pris son baptême de l’air, c’est elle qui s’est donné tout le mal pour réunir ces papiers en un temps record et vous voudriez la faire attendre jusqu’à demain ? Ce n’est pas humain !
           Bardin me regarda, sourit et parcourut le terrain des yeux : devant le hangar les vélivoles s’affairaient autour des planeurs, près de la pompe à essence un pilote remorqueur se reposait pendant le plein, et là-bas, une voiture se garait sur le parking.
Il se tourna vers moi :
- Ce n’est pas très prudent, madame, d’avoir pris votre carte de stagiaire sans être jamais montée en avion. Et si vous aviez le mal de l’air ? C’est fréquent, vous savez. Monsieur Choulon, cousin de Monsieur Varnier le président de l’aéro-club moteur où vous venez de vous inscrire, arrive bientôt : il va vous emmener pour un vol d’accoutumance, c’est un pilote calme et sérieux ; vous pourrez ainsi jugez vous-même si vous êtes à l’aise en avion. 
           Dix minutes plus tard, ravie, j’allais prendre place dans le Jodel rouge et blanc aux bouts d’ailes relevés, qui avait tant de fois survolé notre maison de Droizelles.
           Choulon, soigneusement, guidait mes pas pour monter sur l’aile et dans l’avion :
- Attention ! Marchez sur la bande noire uniquement. Vous avez des souliers plats, c’est parfait, les talons aiguilles c’est la mort de l’entoilage. Arrangez les coussins pour vous asseoir et serrez bien la ceinture. C’est votre premier vol ? Je suis heureux de vous donner votre baptême. Vous désirez quelques détails techniques ?
           J’eus un coup d’œil inquiet sur les cadrans qui s’alignaient devant mes yeux :
- Un peu, mais pas trop. Le tableau de bord est plus compliqué que celui de la voiture.
           Le bruit du moteur s’amplifia et l’avion s’ébranla. Pas très confortable le siège, malgré les coussins, mal suspendu cet avion et le roulage au sol, sur ce terrain en herbe, me fut aussi désagréable qu’un parcours sur tôle ondulée. 
           La piste, dont nous approchions, me parut très encombrée : des planeurs disséminés un peu partout, pour les tirer un vieux Stampe d’avant-guerre avec quatre ailes (j’appris qu’on disait bi- plan) et beaucoup de gens qui couraient en tout sens autour des planeurs.
           Mais déjà le pilote alignait l’avion, mettait plein gaz, les balises blanches défilaient de chaque côté de l’avion, lentement d’abord puis de plus en plus vite et je me sentais horriblement secouée ;
Soudain, le calme.
La terre semblait s’enfoncer, ralentir sa course, puis s’immobiliser sous les ailes de l’avion. J’aperçus, devant le hangar, Georges qui levait les bras vers moi, et au parking, les voitures grandes comme les modèles réduits de mes fils.
           La conversation s’avérant difficile à cause du bruit du moteur, je tâchai de n’être plus que regard. La terre était belle vue de là-haut, et justement de pas trop haut. Georges avait un tout petit peu menti tout à l’heure : mon baptême de l’air, je l’avais eu en avion de ligne pour aller à Nice et j’avais été fort déçue, on ne voyait presque rien par le hublot.
Tandis qu’aujourd’hui, je flottais littéralement dans le ciel, comme dans une bulle d’air, avec quelques nuages au-dessus de nous et toutes les couleurs des champs de juin au-dessous. J’apercevais les moindres détails : une moissonneuse sous un abri, un tracteur dans un champ, plus loin les camions qui se suivaient sur la route. J’aurais aimé Georges à côté de moi pour 
partager ma joie, au lieu de cet inconnu. Sympathique, au demeurant, ce Choulon, un gros propriétaire terrien des environs, qui était venu prendre l’avion pour survoler une plantation de peupliers qu’il venait d’acheter ; rien de tel que le coup d’œil du maître, à deux cents mètres d’altitude, m’expliqua-t-il, pour évaluer, en outre, le rendement du blé ou de la betterave, sur ces riches terres d’Ile de France, de Brie ou du Valois. Il descendit à cent mètres, vira autour de ses peupliers, remonta : tout allait bien, on pouvait rentrer.
- vous voyez le terrain ? Demanda-t-il au bout d’un moment.
          Il désignait un point en bas que je ne parvins pas, même en écarquillant les yeux, à distinguer du reste du paysage ; tout était vert ou jaune, les champs se ressemblaient. Aimablement, Choulon inclinait l’aile droite pour que la vue fût meilleure :
- Au bout de l’aile, dit-il, le hangar
           Que c’était petit ! La piste paraissait minuscule, ce n’était pas là qu’on allait se poser ? Le bruit du moteur diminuait soudain, le sol se rapprochait et reprenait peu à peu ses dimensions habituelles. Un petit choc, de nouveau les secousses désagréables d’un avion roulant au sol, l’atterrissage était fini. On tournait vers le hangar et Georges venait vers nous. Je réussis à défaire la ceinture, puis à ouvrir le cockpit, et en enjambant le rebord, je me tins un instant immobile debout sur l’aile, pensant que bientôt je serai pilote. Georges me tendit la main et je me suis jetée dans ses bras en criant ma joie :
- Chéri, c’est merveilleux, c’est formidable, c’est…. Les mots m’ont manqué pour chanter mon enthousiasme. Georges prit ma place et s’envola à son tour.
           Rentrés à Droizelles,  les quatre enfants nous assaillirent de questions, surtout les trois garçons. Pendant le dîner, Georges qui, toute son enfance, avait construit des modèles réduits et en gardait quelque idée sur l’aérodynamique, fut le point de mire d’un feu roulant de questions.
Manche, palonnier, ailerons, direction, profondeur, mon ignorance en matière d’aviation n’avait d’égal que mon désir d’apprendre et j’avais bien besoin d’augmenter mon vocabulaire.

           Jamais je n’ai bondi du lit aussi vite et avec autant de bonne humeur que ce dimanche-là. Les volets ouverts laissaient entrer un soleil prometteur et le ciel était tout bleu. La première messe ouïte d’une oreille un peu distraite, je l’avoue, nous sautâmes en voiture et arrivâmes au terrain à dix heures précises.
Le hangar était déjà presque vide, les planeurs avaient nonchalamment posé une aile sur l’herbe et le petit Jodel rouge et blanc semblait nous attendre. Le chef-pilote, au centre d’un groupe de jeunes, distribuait les affectations de planeurs  pour la journée. Un pilote dont seuls le nez et la bouche sortaient d’un casque orné de grosses lunettes, hurlait des mots cabalistiques « coupé… 1 + 2… toujours » à un mécanicien en combinaison jadis bleue qui s’efforçait de faire tourner l’hélice d’un bi-plan. Autour du poste à essence, plus loin sur la bretelle, presque à mi-chemin entre le hangar et la piste, c’était l’affairement.   
           En nous apercevant, Bardin se détacha de son groupe et s’avança vers nous :
- Vous avez toutes les chances, un temps magnifique pour une première leçon, presque trop beau pour les planeurs. Venez, je vais vous présenter à votre moniteur.
           Il se détourna et appela :
- Sornier !... Sornier !... Eh ! Jean-Philippe !
           En lui emboîtant le pas, j’essayai de m’imaginer le moniteur : roulant des épaules, torse d’athlète comme un maître nageur de trente ans, ou bien une quarantaine blasée comme mon moniteur d’auto-école, ou encore un vieux pilote chevronné du genre « colonel de cavalerie en retraite », moustachu et jureur comme celui qui l’avait mis en selle quelques années auparavant ? Non, rien de tout cela !
           A l’appel du chef-pilote, une haute silhouette mince, musclée et rapide s’était détachée du poste d’essence et je me suis trouvée en face d’un grand gaillard blond, aux yeux bleu foncé, à l’air ouvert et décidé, qui nous engloba tous deux dans un large sourire et nous entraîna au pas de gymnastique vers le tableau noir de la salle des parachutes qui jouxtait le bureau :
- Nous allons commencer par un peu de théorie. Ah ! Pas de craie, évidemment ! Je vais en chercher.
           D’un bond, Jean-Philippe Sornier gagna la porte et disparut.
- Ariane, ma chérie, c’est du vif argent, notre moniteur, dit Georges.
- Oui, seulement s’il va à cette allure-là pour les explications techniques, je vais être rapidement perdue.
           Mais Sornier s’avéra aussi patient dans ses démonstrations au tableau que rapide sur le terrain et, rassurée, je fis connaissance avec les pentes : pente de montée, pente de descente et croisière ; augmentation de pente quand l’avion pique, diminution de pente quand il se cabre. Quand la pente augmente, la vitesse augmente, quand la pente diminue la vitesse diminue.
Georges écoutait tranquillement mais je m’embrouillais : pour moi, une pente, ça monte et quand la pente augmente, la vitesse de ma voiture diminue ! 
- Il faut vous débarrasser tout de suite des références voiture, dit le moniteur. La pente d’un avion se compte du haut vers le bas et vitesse de votre avion, à moteur constant ou moteur coupé, est en liaison directe avec la pente…
- Mais, si on coupe le monteur protestai-je, l’avion tombe !
           Un coup de coude et l’air réprobateur de mon mari me firent soupçonner que j’avais dû dire une énormité. Sornier, lui, eut l’air de s’amuser et ne s’offusqua pas.
- Ce qui tient les avions en l’air, ce n’est pas le moteur, c’est la vitesse. Or, si vous avez besoin de votre moteur en vol horizontal et à plus forte raison en montée, vous pouvez fort bien vous en passer en descente.
Regardez nos planeurs, ils n’ont pas de propulsion, pourtant ils volent.
           Sornier se retourna et, par la porte ouverte, j’aperçus, au bout de la piste, à une centaine de mètres de hauteur, un planeur bleu et blanc à l’empennage en V qui descendait lentement, se posait, glissait sur l’herbe, et s’arrêtait en oscillant légèrement, puis s’inclinait jusqu’à ce qu’une des grands ailes touche le sol et s’immobilisait. La beauté, la simplicité, la précision de l’atterrissage me ravirent.
           Mais déjà Sornier nous entraînait vers le Jodel. Il tourna autour de l’avion, soigneusement, puis me fit monter, empila des coussins derrière mon dos car je n’arrivais pas à atteindre le palonnier même du bout des pieds, serra la ceinture et en route. 
Je supportais stoïquement les cahots du roulage au sol que je connaissais depuis hier et attendis avec impatience le moment où l’avion allait se soulever, quitter la piste et s’envoler.
Le doigt du moniteur désigna un cadran devant moi, l’altimètre, qui indiqua deux cents mètres, quatre cents puis cinq cents mètres. Dominant le bruit du moteur, la voix de Sornier s’éleva :
- Prenez le manche en main, du bout des doigts, et suivez mon mouvement. Regardez l’horizon et le capot de l’avion : nous sommes en vol horizontal.
J’amène le manche légèrement en arrière, le capot vient se mettre juste sur l’horizon, c’est la pente de montée. Je pousse le manche vers l’avant, le capot plonge et l’horizon monte, voici la pente de descente.
Je recommence, pente de montée, vol horizontal ou croisière, pente de descente. A vous, je lâche les commandes.
           J’ai serré les doigts autour du manche, tiré un peu vers moi, hésité, puis il ne se passait rien, j’ai tiré plus énergiquement. Le capot monta sur l’horizon, c’était à peu près la position que Sornier m’avait montrée.
Je poussai le manche vers l’avant, avec circonspection, la plongée du capot était plus impressionnante que la montée. Puis je ramenai le manche en arrière.
Ce petit jeu m’amusait : on aurait dit des montagnes russes, et l’avion m’obéissait si docilement ! Au moment où je repoussais le manche vers l’avant, je sentis une résistance et l’avion s’immobilisa : Sornier reprenait les commandes.
- A quoi jouez-vous, Madame, aux balançoires ? Vous oubliez le plus important, le vol horizontal. Ramenez le manche au milieu et maintenez une pente de croisière correcte.     
           Mais le milieu, où se trouvait-il ? L’avion oscillait souplement et mon soi-disant vol horizontal se balançait dans l’espace sans parvenir à se stabiliser. Il fallut la main du moniteur pour que tout rentrât dans l’ordre.
Sornier refit une démonstration, je recommençai. Bien pour la montée. Bien pour la descente. Et plutôt mal pour le vol de croisière, plus sinusoïdal qu’horizontal. Cela suffisait pour aujourd’hui. Sornier reprit les commandes pour revenir à terre : les meilleures choses ont une fin. Le sol se rapprocha, monta et prit doucement contact avec les roues.
- Très amusant, ai-je chuchoté à Georges qui s’installait à ma place.
           Je suivis des yeux le décollage de l’avion qui se perdit rapidement dans le ciel.
- Alors, Madame, cela vous plaît, l’aviation ? Dit une voix grave derrière moi. Pas trop pénible, la première leçon ?
           Je me retournai. Amical et souriant, le chef-pilote me regardait.
Il se débarrassa d’un gros sac qu’il avait sur le dos, le posa dans le planeur qu’il venait de quitter et s’avança vers moi.
- Non, Monsieur ! Très amusant au contraire, de vraies montagnes russes. Pente de montée, croisière, pente de descente.
- Tant mieux ! Il n’y a  pas beaucoup de femmes qui pilotent, généralement elles ont peur. Pas vous ?
           La voix d’Eric Bardin était agréable, avec les inflexions douces des bords de la Loire, mais le ton était un peu protecteur et cela m’irrita. Après tout, s’il avait vingt-cinq ans, j’en avais dix de plus et n’allais pas m’en laisser imposer comme cela, même par 5000 heures de vol. J’ai répliqué :
- Jusqu’à présent, je n’ai pas vu de raison d’avoir peur. Monsieur Sornier m’inspire confiance, il m’a été sympathique d’emblée, les avions m’intéressent et piloter me plaît.
- Garder ces bonnes dispositions, Madame, et puisque vous trouvez votre moniteur sympathique, je souhaite qu’il vous inocule le virus qui nous possède tous ici, la passion de l’air, et qu’il fasse de vous un bon pilote, si vous en avez l’aptitude.  
           Tout en parlant, Bardin s’était laissé tomber sur l’herbe et je n’avais rien d’autre à faire qu’à l’imiter ou m’en aller. D’instinct, je pris mes distances et m’assis en face de lui, à deux bons mètres : il y avait beaucoup d’hommes sur ce terrain et comme il m’était difficile d’inscrire sur mon front « femme fidèle, ne perdez pas votre temps », je préférais fixer mon attitude sans équivoque dès le début : amicale, aimable avec tout le monde, c’est tout.
- Ce gros sac que vous aviez sur le dos en descendant du planeur, qu’est-ce que c’est ?
- Un parachute.
- Un parachute ? On a besoin d’un parachute ?
           Une pointe d’anxiété avait dû percer dans ma question, Bardin rit :
- Affirmatif, il sert en planeur…Pour s’asseoir. En deux mille heures de planeur, je ne l’ai vu utilisé qu’une seule fois, ici, il y a trois ans.
Tenez, c’était Joubert. Vous voyez qui est André Joubert ? Le pilote qui vous a conduit en piste le jour de votre arrivée ; demandez-lui, un jour, de vous raconter son aventure. Mais vous, en avion, vous n’avez pas de parachute.
           Et le chef-pilote se lança dans une explication technique d’où il ressortait qu’en cas d’incident, les chances de se casser une jambe étaient plus fortes en sautant qu’en exécutant, dans l’avion, les gestes nécessaires que Jean-Philippe Sornier vous apprendra bientôt, soyez sans crainte.
           Mais je ne l’écoutais plus : là-haut, descendant vers la piste, j’apercevais une petite tache rouge qui se rapprochait. On distinguait dans le cockpit les têtes du moniteur et de Georges, qui descendit, enchanté lui aussi, mais moins démonstratif que moi.

           A Droizelles, le déjeuner fut très animé, comme la veille. Bernard et Ludovic, si différents de caractère et si semblables physiquement, ne tarissaient pas de questions :
- Quand est-ce que vous pourrez nous emmener en avion ?
- Quand nous aurons quarante heures de vol et réussi les examens.
- Et pour l’instant, vous avez combien d’heures de vol ?
- Quarante minutes chacun.
           L’abîme séparant quarante minutes de quarante heures rendit les enfants perplexes. Pour les examens, ils voulaient bien nous faire confiance, mais quarante heures à raison de quarante minutes par week-end, cela faisait ?...même Bernard, le fort en calcul, s’y perdait. Cela faisait ?... Bien longtemps avant de pouvoir monter en avion avec papa et maman. Pour compenser, Georges autorisa les deux aînés à venir l’après-midi sur le terrain jouer au ballon, à condition qu’ils ne s’approchent pas des avions, car le vrai danger, c’est l’hélice !
- Le premier qui s’approche d’un avion dont l’hélice tourne, je l’enferme dans la voiture pour le restant de la journée.
           Mais en arrivant au terrain d’Ermenonville, déception : plus d’avion, ni de moniteur, partis, envolés avec un autre élève ! Georges sortit de la voiture le ballon pour les deux garçons, puis un plaid pour nous qu’il étendit sur l’herbe derrière l’aire à signaux ; il s’assit, bourra une pipe, s’allongea et je posai ma tête sur son épaule. J’admirai le ciel ; sous chaque gros nuage bien rond, quelques planeurs tournaient sagement, dans le même sens, les uns sous les autres. De temps à autre, l’un d’eux se détachait pour aller chercher, un peu plus loin, un autre nuage hospitalier sous lequel il recommençait à spiraler.
           Comme j’étais heureuse, allongée près de Georges. Je laissai mes pensées vagabonder.
           Douze ans déjà que nous étions mariés. Comme le temps avait passé vite ! C’est vrai que j’avais été très occupée depuis le soir depuis le soir où j’avais rencontré Georges chez des amis, lors d’un dîner. Il avait eu le coup de foudre et avait demandé à me revoir ; il était brillant, beau garçon, sympathique, je m’étais laissée faire la cour, pour voir, puis au bout de six mois je m’étais aperçue que la sympathie du début se changeait peu à peu en un sentiment plus profond. Nous nous étions fiancés. Il préparait l’internat des hôpitaux de Paris et moi, une licence d’anglais qu’avait interrompue la mort de mon père.
Affrontée aux difficultés financières qui s’en suivirent, je décidai de prendre un job. Deux ans plus tard, quand Georges avait été reçu à l’internat, nous nous étions mariés, mais le traitement d’un interne nous aurait à peine permis de vivoter pendant quatre ans. Alors, j’avais continué à travailler, même après la naissance de Bernard et jusqu’à celle de Ludovic qui coïncida avec la fin de l’internat et la soutenance de thèse.
Georges avait fait de la médecine générale pendant les deux ans où il préparait sa spécialité.
           Puis Stéphane est né. Entre les trois enfants, l’installation du cabinet médical, les servitudes du téléphone et de la clientèle, j’ai vécu dans un tourbillon et j’ai dû apprendre à m’organiser. Je savais, depuis la mort de papa, que la vie est une lutte, mais avec de la volonté et du courage, on vient à bout de tout. Ces difficultés du début ont soudé notre couple, je sais pouvoir compter sur Georges, il sait qu’il peut compter sur moi.
           Après l’installation de Georges en tant que spécialiste, les choses se sont rapidement améliorées et nous avons accueilli avec joie le quatrième bébé, la douce Isabelle.
Maintenant, la clientèle de Georges s’accroissant, nous commençons à respirer et à envisager l’avenir avec le plus grand optimisme. Nous sommes encore jeunes, c’est le moment de profiter de la vie, de prendre quelques loisirs, de faire du sport. J’adorais le ski, mais Georges exécrait la montagne ; il ne jurait que par les bateaux, mais j’avais le mal de mer. Alors, pourquoi ne pas essayer l’aviation ?
           Je m’estime satisfaite de notre vie : Georges avec ses malades, les enfants en classe, Nounou à la cuisine et moi veillant à ce que cela tourne rond, tout à sa place hiérarchique : le poisson le vendredi – en attendant que le Concile qui se termine nous en dispense – la messe le dimanche et, au ciel d’où Il nous protège, le Bon DIEU à qui chaque soir j’adresse consciencieusement et poliment un «Notre Père » et un « Je vous salue Marie ».
Tout est en ordre.
           Je me laisse envahir par la douceur de l’heure présente, Georges à côté de moi, endormi une fois la pipe éteinte, les enfants qui jouent au ballon, la beauté de ce ciel où glissent lentement nuages et planeurs. Bientôt, le moniteur et l’avion revenus, la leçon de pilotage aurait lieu, j’allais voler, et encore le week-end prochain, puis tous les jours du mois d’Août.
           Je me sentais parfaitement heureuse, une jeune femme sans histoire, sans problème, heureuse.


           L’avion posé et le moniteur aussi, il fallait faire le plein avant de repartir et je fis connaissance avec « la clef du cadenas du couvercle de la citerne, qui est accroché à la planche » où l’on marque la date, l’heure, le nom de l’avion et la quantité d’essence prise. Tandis que les hommes s’affairaient avec le tuyau et la pompe à main, j’ai écrit :
           5 juillet 1964 4h 1/2 Jodel 112  23.6 l
           Mais Jean-Philippe Sornier, qui supervisait le tout, barra mes chiffres d’un trait et commenta :
- Il est 16h 25, madame, et non 4 h ½, il faut de la précision en aéronautique ; ensuite c’est l’immatriculation de votre avion : F.BHPN, qu’il faut inscrire, des Jodel 112 il y en a des dizaines en France, mais, comme pour les voitures, l’immatriculation des avions est individuelle, vous ne rencontrerez jamais un autre F.BHPN.
           Et pour terminer cette belle démonstration de « précision aéronautique », Sornier inscrivit froidement 24 litres dans la dernière colonne :
- Il faut arrondir à l’unité supérieure, sinon, avec l’évaporation, nous n’obtiendrons jamais en fin de mois une correspondance entre les entrées et les sorties d’essence.
           J’appréciai et pris bonne note. Maintenant, en l’air.
           A cinq cents mètres, je m’emparai avec joie des commandes : montée, croisière, descente, les pentes se mirent en place plus facilement que le matin. J’avais dit vrai à Bardin, je m’amusais franchement, je me sentais en sécurité : avec le moniteur à côté de moi, de quoi aurais-je eu peur ? Sornier avait l’air satisfait et décida d’essayer un ou deux virages.
L’horizon bascula, le ciel disparut et la terre envahit tout mon champ de vision. La voix de Sornier calmait toute appréhension :
- Regardez le sol au bout de l’aile droite, nous sommes en train de faire un virage de trois cent soixante degrés par la droite à inclinaison moyenne.
           Si c’était là une inclinaison moyenne, que devait être une inclinaison forte ? Mais l’avion était bien stable, on était penché comme en moto ; la première surprise passée, je retrouvai mon sourire.
- A gauche, maintenant. Ça va, madame ? Je peux augmenter l’inclinaison ?
           Pourquoi pas ? Après les montagnes russes, le carrousel.
- A vous le manche, madame, essayez donc de faire tourner cet avion ; à droite ou à gauche, à votre choix.
           Manche à gauche, l’avion s’inclina un peu. J’insistai… encore, c’était mieux, on virait. On virait, mais… on piquait en même temps !
- Ramenez le manche au milieu, dit le moniteur.
           Je n’aurais pas demandé mieux, mais dans cette position où était le milieu ? Sornier reprenait les commandes en main, sortait l’avion de virage et revenait vers le terrain. Une révision des trois pentes, c’était terminé ;
           A terre, Georges bavardait avec le pilote qui nous avait aidé à faire le plein. Le moniteur les interrompit net :
- A vous, Docteur, aux commandes. Monsieur Ravaud, je vous prends tout de suite après le docteur, allez nous attendre en piste.
           L’avion s’éloigna sur la bretelle et je suivis Ravaud. Il m’apprit qu’il avait quinze heures de vol, qu’il avait été lâché jeudi et qu’après un tour de piste avec le moniteur, il allait voler à nouveau seul, en fin de soirée, quand le vent serait tombé et les planeurs rentrés. 
Je me sentis pleine d’envie pour cet élève qui volait sans moniteur. J’en étais à ma première heure et me demandais si quatorze autres suffiraient pour que je puisse, moi aussi, partir seule. Mon interlocuteur fut réconfortant :
- Les moniteurs ne lâchent jamais un élève dont ils ne sont pas sûrs. L’important, pour un aéro- club, c’est d’avoir un bon moniteur ; avec Sornier, nous sommes bien tombés.
           Le Jodel revenait et Ravaud prit la place de Georges qui me fit part de ses impressions. Cinq minutes plus tard, Jean-Philippe nous rejoignait. Nous regardâmes tous trois le veinard s’envoler seul. Pendant le premier tour de piste, Sornier ne quitta pas son élève des yeux. Il dût être satisfait, car l’avion posé, il lui fit signe de continuer et son attention se relâcha. Désireuse de faire un peu mieux la connaissance de Sornier que je trouvais très sympathique, j’en profitai pour lui demander comment il avait pris goût à l’aviation et ce qu’il fallait faire pour devenir moniteur. Il ne se fit pas prier pour me parler de sa famille, de ses nombreux frères et sœurs, ils étaient sept, et de ses débuts difficiles en aviation :
- Mon père était d’accord pour payer nos études et nous donner à tous le nécessaire, mais pour le superflu, pas question, et l’argent de poche était compté. Vous savez qu’il existe des Centres de Jeunesse pour le vol à voile et des bourses de vol moteur pour les jeunes de moins de vingt et un ans ?
           Non, j’ignorais tout. Je ne savais pas qu’il y avait ici un Centre de Jeunesse de vol à voile, ni ce que représentait le brevet C,  premier brevet de planeur, ni qu’il existât des bourses de vol moteur. Sornier avait profité de toutes ces facilités et, avant ses vingt et un ans, avait passé sa licence d’avion et son brevet C à l’aéro-club de Beynes. Puis les choses s’étaient compliquées et il avait fait une erreur. L’école de l’aviation civile était trop chère, alors il avait pensé « pilote militaire » et s’était présenté à l’armée de l’air ; après les tests, les examens, il s’était retrouvé ingénieur de l’armée de l’air avec le grade de sous-lieutenant :
- Je me suis fait piéger, dit-il, car un ingénieur ce n’est pas un pilote et je perds mon temps dans un bureau à faire des plans en regardant les autres voler. Il a fallu que je me débrouille autrement, je suis revenu vers le civil.
D’abord arriver à cent heures, mais à mes frais cette fois ! Comme je vis chez mes parents, toute ma solde est passée en heures de vol.
Il se mit à rire :
- J’ai eu des discussions burlesques avec  ma mère qui n’arrivait plus à rapiécer mes pantalons. L’an dernier, j’ai enfin atteint mes cent heures, j’étais sauvé : avec mon brevet de planeur, je pouvais passer ma qualification de remorqueur. C’est comme ça que j’ai abouti à Ermenonville et que j’ai fait la connaissance de Bardin.
Il a été très chic, il m’a fait voler au maximum l’été dernier ; comme remorqueur, c’est du travail bénévole mais les heures de vol sont gratuites. J’ai enfin pu remonter ma garde-robe et atteindre les deux cents heures nécessaires pour m’inscrire à Challes, l’école civile des moniteurs. J’ai fait mon stage et j’ai passé ma « qualif. » à Pâques et je suis ici depuis Mai.
Voilà, vous connaissez toute mon histoire.
           Ravaud se posait pour son troisième atterrissage et le moniteur leva les deux bras en l’air en forme de V :
- ça ne veut pas dire « victoire », expliqua-t-il, mais « venez ici ».
En effet, l’avion fit demi-tour, revint vers nous, puis sur un signe de bras de Sornier, retourna au hangar.
           Tout le monde  se retrouva au bar où Jean-Philippe fit la critique des vols et donna à Ravaud quelques conseils techniques que Georges et moi écoutâmes respectueusement. Puis il nous demanda nos carnets de stagiaires et inscrivit :
           « Vingt minutes pour hier, vol d’accoutumance, et deux fois vingt minutes aujourd’hui. »
- Mes félicitations à tous deux, vous avez bouclé votre première heure de vol, et je lève mon verre à toutes celles qui suivront.



Ariane posa sa plume et ferma son journal en rêvant aux prochains vols.   
          


           Une fois les pilotes partis, dans le calme du bureau, Jean-Philippe Sornier fit au chef- pilote, comme tous les soirs, le compte-rendu des vols de la journée.

- Les deux nouveaux, les Engelvin, qu’en penses-tu ?  Demanda Bardin. La nana ? Elle s’appelle Ariane, je crois. Encore des emmerdements en perspective avec celle-là aussi ?
- C’est pas sûr. Elle ne connaît rien en aviation, elle n’a pas la moindre idée de comment un piège tient en l’air. Les premières questions qu’elle a posées… marrantes. Mais elle est loin d’être idiote, elle a parfaitement pigé mon topo au tableau, en l’air elle est attentive, souple aux commandes. Jusqu’à présent elle n’a pas peur, elle semble avoir du cran.
- Eh bien, quel éloge ! Alors tu crois qu’on en tient une qui n’appellera pas « papa-maman » au premier virage un peu serré ? Elle est jolie, la petite Ariane, tu es sûre qu’elle n’a pas plutôt fait une touche ?
- Avec moi ? Jean-Philippe avait l’air indigné.
- J’oubliais : tu es toujours le huguenot rigide et pur ? Les femmes, ta religion te les interdit !
- Blague pas avec ce que tu ne connais pas, Eric. Dans la vie, il y a autre chose que ce qu’on peut voir ou toucher.
- Je ne veux plus engager ce genre de discussion avec toi, je suis toujours perdant. Mais toi, vieux, tu m’inquiètes, à ton âge tu vas finir par une atrophie du braquemart.
- Ca vaut mieux qu’une atrophie du cœur, répliqua Jean-Philippe sans s’émouvoir. Toi aussi, vieux, tu m’inquiètes, à ton âge tu vas finir comme Lily, tout dans le sexe et rien dans le cœur.  
- But, dit Eric.
- Un partout, dit Sornier.
           Les deux jeunes gens rirent, puis Bardin reprit son ton professionnel :
- le docteur ?
- Plutôt sympa, mais un peu crispé aux commandes. Il m’a avoué qu’il avait peur, en toute franchise : il a fait beaucoup de modèles réduits autrefois, et ses petits avions se cassaient tous la figure ; il lui en reste quelque chose.
- Ce n’est pas grave, dit Bardin. Cinq heures de vol et on n’en parlera plus. Alors, tu es plutôt optimiste, tu penses que ça va marcher ?
- Affirmatif.
- Attendons les décrochages, on saura vraiment ce qu’ils valent.

           Après le départ de Jean-Philippe, Eric Bardin resta songeur. Une jolie femme, pas idiote et qui semble avoir du cran, ça donnerait envie d’aller un peu tourner autour, pour voir.
           Au premier coup d’œil, il l’aurait pourtant rangée dans la catégorie des femmes sans intérêt, trop sage et apparemment incapable de tromper son mari. Du reste, ce n’était pas son affaire, l’aéro-club moteur, c’était du ressort de Jean-Philippe. Lui, il n’avait qu’à superviser, de loin.
           Pourquoi de loin ? S’il voulait faire correctement son métier, il ne pouvait pas se fier à la seule opinion de Sornier, il fallait bien qu’il se rende compte par lui-même des possibilités des élèves. Et si par hasard il y avait, parmi les élèves, une nana bien roulée… cela ne changeait rien à ses obligations de chef-pilote !       
  

     


  
Sinon le signe de Jonas

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Michèle LONGIS
  
Chapitre I