à tous les amis du Père Pedro
et de la Demeure à Croixrault
N’en déplaise aux députés français de la communauté européenne qui refusent que le Nom de Dieu soit inscrit dans la Constitution, nous sommes quand même en 2010 après Jésus-Christ.
Plus que jamais Jésus est Sauveur du monde par les cent mille missionnaires qui, de par le monde, bâtissent, construisent, éduquent, enseignent en évangélisant.
De très bonnes nouvelles nous arrivent de chez le Père Pedro même si la misère augmente à Madagascar de façon dramatique. Il a fêté, avec près de vingt mille personnes, les vingt ans d’Akamasoa. Le président de la transition, Andry Rajoelina, son épouse et cinq ministres sont venus l’encourager et offrir les actes de propriété des terrains domaniaux promis... Le Père a fait remarquer toute la partie visible des constructions d’écoles, de maisons, de dispensaires et de routes. Il a surtout mis en valeur toute la partie invisible de la reconstruction de la personne humaine des plus pauvres, abîmés par la rue et les laideurs de la décharge publique.
Merci à tous ceux qui l’aident et témoignent que l’Evangile est plus que jamais vivant.
Depuis plus de trois ans, je continue régulièrement les émissions de Radio Notre Dame. J’en partage avec vous un conte écrit pour Noël.
Il avait été protestant mais les fastes de l’orthodoxie l’ayant séduit, c’est à trois doigts qu’il se signait devant les icônes. A la suite de son mariage il était devenu catholique. Chaque fois on l’avait accusé d’être renégat alors que d’autres l’accueillaient avec les honneurs d’un converti qui avait enfin retrouvé la vérité.
Lui, se disait qu’un jour, tous ceux qu’il continuait à considérer comme ses frères découvriraient qu’ils avaient le même Dieu et qu’ils étaient par Lui, tous aimés de la même façon. Mais ainsi ne sont pas les pensées des hommes qui se disent de Dieu. Ils collent des étiquettes sur les bocaux en regardant la forme du récipient plus que le contenu.
Un grand dilemme se posa à lui lorsqu’il eut des enfants : sous quel rite les faire baptiser, celui de son propre baptême, de sa séduction à l’orthodoxie ou celui de la mère de ses enfants ?
Il décida de faire baptiser le premier selon ses racines protestantes, le second en vénérant les icônes et le troisième dans le catholicisme. Son étonnement fut grand, en découvrant que tous étaient baptisés “Au nom du Père et du Fils et du Saint-Esprit”. Mais il fut rejeté par tous, car pour chacun, deux de ses enfants étaient des mécréants.
Sans maudire et sans mot dire, il subit les contradictions, les malédictions, les diffamations ; on l’accusa d’être de mauvaise foi. Lui, restait fidèle à l’amour vécu dans la tolérance. Il savait bien qu’un jour, en arrivant là-haut, il aurait des comptes à rendre à l’Amour et si c’était à Dieu, aucun problème, puisqu’Il était le Dieu des uns et des autres, qu’ils étaient tous ses enfants, qu’Il les aimait tous de la même façon et qu’Il écoutait tous leurs “Gloire à Dieu”. Souvent il s’était posé la question : “Et Dieu dans tout ça ?” La réponse venait tout aussi simplement : “Dieu c’est tout ça, déguisé par les hommes.”
Souvent il lui venait à l’esprit d’implorer le pardon de Dieu, à cause de tous les déguisements dont on l’affublait en voulant le posséder à sa façon, à sa mesure, à sa pointure, selon son rite, à sa musique. Aussi se refusait-il de dire “Mon Dieu”, il disait “le Dieu à qui j’appartiens !”
Il savait bien que chacun de ses enfants était à Dieu, était de Dieu, était pour Dieu… mais les hommes ne l’entendaient pas de cette oreille et parlaient même de guerre de religions… Lui qui était religieux comprenait “guerre de boutique”… Lorsqu’il tomba malade, aucun des représentants de ces boutiques n’accepta de lui porter le viatique… Il ne s’en soucia pas, car trois enfants autour de lui, en se donnant la main récitaient pour leur père, le même “Notre Père” De bonheur il en guérit et alla remercier Dieu au Temple, devant les Icônes et à l’Eglise. Au Temple il donna une aumône pour les pauvres, devant la “théotokos” il alluma une veilleuse d’huile et devant la statue de la Vierge il brûla un cierge.
Enfin il décida un jour de ne plus perdre de temps à savoir comment il fallait aimer et prier, à savoir comment il fallait habiller son amour… bien que le temps pour Dieu ne soit jamais perdu ; en Lui, rien ne se perd, tout est chemin, tout est moyen.
Sa famille le suivit dans sa démarche, les autres ne pouvaient pas, ils étaient trop attachés, “en tâchés” trop empêchés, “en péchés” pour pouvoir aimer en liberté. De plus en plus, il avait cette conviction que Dieu se devait d’être absolument autre que ne le disaient les hommes. Mais pourquoi le leur reprocher puisque Dieu lui-même se taisait. Souvent sa prière consistait à entrer dans le silence de Dieu… Ce silence devint son modèle. Il ne parlait plus de Lui, il Lui parlait. On finit par le prendre pour un sage. Sans doute l’avait-il toujours été, et que d’autres maintenant le sachent ne changeait rien à sa sagesse.
Souvent, il pensait à ce premier souffle que Dieu offrit à Adam, pour transformer la masse d’argile en “vivant”. Ce même souffle animait les milliards d’hommes de la planète-mère. Il rêvait du jour où il rendrait son dernier souffle à notre pauvre atmosphère, pour aller rejoindre l’éternelle source du vent de Pentecôte. Là, tous les hommes parlaient des langues différentes mais se comprenaient dans le même amour.
Lorsqu’il se présenta à la porte du Paradis on lui demanda de quelle religion il était. Il ne sut que répondre, sinon qu’il était religieux… Il osa questionner :
- De quel rite est le Paradis ?
- Mais ici il n’y a pas de rite, il n’y a que l’Amour dans le respect de l’autre.
Il s’étonna alors de voir trois portes s’ouvrir, car les demeures sont nombreuses dans la maison du Père. Jetant un coup d’œil à l’intérieur, il découvrit qu’il n’y avait là, ni icônes, ni encens, ni bougies, ni statues, ni rites, ni protocole. Il n’y avait que l’Amour. Tous y étaient invités de la même façon pour la même raison : la miséricorde du même Père. Un Paradis universel : cela lui semblait trop beau. C’était presque comme à Assise, lorsque le Pape Jean-Paul II avait réuni les chefs religieux, représentants de deux cent soixante religions différentes. Il l’avait fait, non pas pour discuter ou disputer de dogmes, car bien sûr chacun avait les siens avec la certitude qu’ils étaient les meilleurs… mais pour faire silence et accueillir ensemble le divin.
Cependant, ce paradis ne le rassurait pas tout à fait. Discrètement il rassembla quelques anges pour en savoir plus. Il choisit des anges mûrs, qui avaient de l’expérience… non pas ces petits anges Cupidon qui ne pensent qu’à conter fleurette, mais de vieux anges gardiens. Ils savent ce qui se passe sur la terre. Ils savent, eux, toute la misère humaine. Ils connaissent, eux, toutes les révoltes humaines.
Ça doit être terrible d’être l’ange gardien de quelqu’un qui nie Dieu, qui fait le mal, qui se fait mal et qui en veut à Dieu. Il est un peu comme cet enfant qui sans dire merci, reçoit un jouet de son père, s’en sert pour se frapper, se faire mal, et finit par reprocher à son père la souffrance qu’il endure.
Alors, à ces anges d’expérience, il posa discrètement la question :
- Dites-moi tout bas, si cela vous dérange de le proclamer à haute voix… j’aimerais bien savoir, si ce n’est pas un secret… dites-moi, le bon Dieu… Il est de quelle religion ?
Tout étonnés, les plus anciens soulevèrent leurs ailes, comme nous soulevons nos épaules :
- C’est quoi ça, une religion ?… Au Paradis il n’y a pas de religion… Ici la religion c’est l’Amour. Ici on ne demande pas au bon Dieu de faire des grimaces de telle ou telle façon. Ici, c’est la liberté, l’Amour n’est pas enfermé, ici on aime sans condition…
Brusquement un grand silence se fit à l’approche d’un ancien, entouré d’angelots qui portaient des paquets. C’était l’ange distributeur d’auréoles. C’était comme à l’école, la distribution des prix. A l’étonnement général on lui remit une auréole bien plus grande et bien plus lumineuse que celle des autres. Timidement, presque un peu honteux des applaudissements angéliques, le bruit que font les anges en frappant leurs ailes l’une contre l’autre, il demanda une explication :
- Vois-tu, mon enfant, lui confia l’ancien, le distributeur des prix, tu as été tour à tour catholique, protestant et orthodoxe. Tu as souffert des catholiques, des protestants et des orthodoxes, qui tous t’ont fait des reproches. Mais tu es passé au milieu de tout cela humblement, sans aucune critique pour qui que ce soit et mieux encore, respectueux des rites de chacun. Si cela a été facile pour toi, c’est parce que tu dépassais le rite pour aller voir le Dieu qui s’y cachait. Comme ton regard n’était pas un regard d’inquisition mais de tendre curiosité et de tolérance, tu as découvert Dieu partout. Tu avais tellement besoin de Lui, que tu Le trouvais partout… Maintenant, c’est Lui qui a besoin de toi… C’est la tolérance qui rend les auréoles lumineuses parce qu’elles sont transparentes de Dieu.
Sur terre, ils savent si bien chanter dans les églises qu’Il est présent “toujours, partout et en tous lieux” mais ils ne Le cherchent et ne Le regardent que dans leurs boutiques. Ici, la religion c’est l’exigence de l’Amour sans frontières…
Après avoir terminé la distribution des auréoles, l’ancien vint s’asseoir sur un petit nuage et tous deux conversèrent paisiblement. L’ange aurait bien aimé en savoir plus sur les conditions du séjour d’un pauvre sur Terre.
Notre homme lui confia qu’il n’avait jamais discuté avec personne, sans doute, parce qu’il savait bien que discuter consiste à s’enfoncer chacun dans ses positions avec la conviction d’avoir raison.
Il ne s’était jamais disputé avec personne, sans doute, parce qu’il savait bien que cela consiste à s’enfoncer chacun dans son aigreur et à chercher les mots les plus piquants qui font mal.
Les pauvres ne se disputent pas, ils ne croient pas en avoir de bonnes raisons. Lui, ne savait rien, il n’avait rien parce qu’il ne pouvait rien.
Mais ce jour-là, il avait tout osé. Une année nouvelle allait commencer, chacun se souhaitait le bonheur et une bonne année. Il savait bien qu’une grande partie de ces vœux étaient creux. Les uns disaient : bonne santé, les autres : du bonheur, d’autres encore : de l’argent. Tous acquiesçaient ou faisaient semblant.
Quand ce fut son tour, il se tint quoi. Comme on l’en pressait, il finit par dire :
- Je vous souhaite d’être vous-même.
- Mais nous sommes nous-mêmes !
Vouloir la santé, le bonheur ou l’argent, c’était mettre des conditions à la vie. Être soi-même, c’était être là, et n’être que là, tout le reste était rêve, illusion, vaine attente. Attendre quoi que ce soit, serait se préparer à la déception.
Comme on insistait pour lui demander des explications, des complications, il raisonna tout haut :
- Vous vous levez tôt, vous vous couchez tard, vous travaillez beaucoup pour gagner beaucoup d’argent, en vous fatiguant. Comme récompense, puisque vous en avez les moyens, vous vous offrez de grands repas qui ruinent votre santé… Alors, pour vous soigner il vous faut encore perdre l’argent si péniblement gagné… Où sont donc vos souhaits de bonne année : argent, santé, bonheur ? Vous gagnez, vous achetez et il vous faut dépenser en assurances pour protéger ce que vous croyez posséder.
En réponse, il n’eut pas que des sourires, car c’est souvent ce que l’on a le plus de mal à entendre qu’on a le plus besoin d’entendre. Il savait, lui, qu’il ne perdrait rien cette année : il n’avait rien à perdre. Personne ne l’enviait : il n’avait rien à jalouser. Personne ne l’espionnait : il n’avait rien à cacher. Personne ne parlait de lui en mal : il n’y avait rien dont on put parler.
Ne pas être jalousé, ne pas être envié, ne jamais entendre dire de mal de soi, n’était-ce pas déjà le bonheur ? Et voilà que c’étaient les autres qui le lui offraient, les autres avec tous leurs soucis, leurs projets, leurs réussites jalousées, leur santé malade… S’ils lui prouvaient son bonheur, ils ne pouvaient être méchants. Alors, il se mit à les aimer de compassion.
C’étaient eux les pauvres, c’étaient eux les soucieux. Lui, souriait… Elle sera bonne cette année !….
L’ange distributeur d’auréoles, piaffait de bonheur sur son petit nuage. Mais comme ni la sagesse ni les souhaits de bonne année ne suffisent à nourrir son homme… il lui fallait trouver du travail pour élever ses enfants, un travail de pauvre bien sûr. Dans une grande entreprise de relations humaines on lui proposa le service général : nettoyer les couloirs, les W.C. et vider les poubelles. Bien sûr il accepta la candidature.
- Donnez-nous votre adresse e-mail que nous puissions envoyer votre contrat d’embauche.
- Je n’ai pas d’adresse e-mail.
- Dans ce cas il nous est impossible de vous donner ce travail !
Repoussé, rejeté, il y était habitué… Il quitta la grande entreprise de relations humaines qui généreusement l’aurait embauché.
Achetant quelques légumes pour son repas du soir, il rentra chez lui en traversant un quartier pauvre. “Voudriez-vous me vendre vos légumes, les magasins sont fermés ?” Il accepta. Le bénéfice, si minime fut-il, lui permit le lendemain d’en acheter pour les revendre, d’en racheter encore et de les vendre encore. Bientôt un petit commerce naquit qui devint une petite entreprise… Qui devint… Dépassé par les événements, il dut prendre un comptable qui, voyant miroiter la bonne affaire lui demanda son adresse e-mail de chef d’entreprise.
- Je n’en ai pas, s’excusa-t-il, car si j’en avais eu une, dans une grande entreprise de communications humaines je nettoierais les W. C. et viderais les poubelles.
- Il n’y en a pas ici répliqua le vieil ange en quittant son petit nuage. Il est peut-être plus facile à un petit de s’inventer des espoirs dans la vie qu’à un grand de subir les désespoirs de la vie.
Bonne “petite” année à vous tous, année de bienveillance, de paix et de gratitude à la Vie ! Le Seigneur vous y attend au rendez-vous des Relations Humaines, du Partage et de la Solidarité. Merci à tous ceux qui m’aident et aident le Père Pedro à aimer, guérir, soigner, enseigner et bâtir l’avenir de toute une population malgache. Ils auront un jour, au paradis, une grande auréole transparente.
Je pars rejoindre le Père Pedro en janvier