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- NOËL OU L'ENFANT JÉSUS CASSÉ
          Il avait toute la journée restauré des crèches endommagées avant que de les remettre pour Noël dans les églises. On mettait très souvent ses talents d’artiste à contribution et une fois le travail terminé, on lui demandait :
- Combien vous doit-on ?
- Mais vous ne me devez rien… peut-on faire payer la restauration d’une crèche, symbole gratuit de l’Amour fait homme en la nuit de Noël ?
         Cette nuit-là, dans son lit, il se revoyait, la veille, occupé à restaurer la couronne des Rois Mages, la canne du berger, les pattes et les oreilles des moutons. Il lui restait le lendemain à restaure l’enfant Jésus avec lequel des petites filles avaient joué à la poupée et qu’elles avaient bien mutilé.
         D’abord, il eut envie de sourire… Comment restaurer le Sauveur du monde ? C’était une utopie. C’est lui qui aurait dû, à genoux, supplier l’Enfant Jésus de lui restaurer son cœur blessé, de lui pardonner ses énervements, de lui annuler ses lâchetés.
         Alors « l’affreux » lui glissa à l’oreille :
- Tu ne peux tout de même pas restaurer tous les personnages de la crèche et laisser le héros de la scène en piteux état…
- Et pourquoi pas semblait lui souffler « le merveilleux ». Ne serait-ce pas plus vraisemblable un Sauveur du monde destiné à souffrir, à être condamné, à être supplicié, et qui dans la crèche se préparerait déjà à son sort de Sauveur ? 
         Il essaya bien de faire taire en lui ce combat habituel entre « l’affreux » et le « merveilleux ». mais après tout pourquoi ne pas l’accepter puisqu’au premier Noël déjà il existait entre le bien et le mal, entre Hérode et l’Enfant, entre la lumière et les ténèbres. Il se souvenait que la date du  décembre avait été choisie parce qu’à ce moment-là, la lumière commence à l’emporter sur les ténèbres, et les journées commencent à s’allonge de quelques minutes.
         C’est alors qu’il lui sembla entendre une douce voix le supplier humblement : « Laisse-moi dans cet état. Laisse-moi avec mes doigts cassés, avec un bras brisé, avec un pied amputé et mon visage défiguré… Parce que c’est ainsi que je suis actuellement dans le monde. mes doigts cassés sont les doigts des martyrs, des torturés de l’histoire car même en ce Noël du troisième millénaire, des milliers d’hommes, de femmes et d’enfants sont torturés. Mon pied cassé est le pied de ces enfants qui ont sauté sur une mine et qui jamais plus ne marcheront normalement. Laisse-moi ressembler à ceux que j’aime. Mon visage défiguré est le visage grimaçant de tous ceux qui parlent mal sans doute parce qu’ils ont mal. Laisse-moi, petit moine, laisse-moi être fidèle à moi-même. Si je viens sur la terre, c’est pour adopter la misère du monde. Alors, aide-moi plutôt à la porter. Car, dès maintenant tu peux alléger la croix que je porterai un jour. Laisse-moi, petit moine avoir faim dans le ventre des affamés.
         Dans la compassion aide tes frères souffrants à vivre, à aimer. Réapprends-leur l’occasion de sourire. Je n’ai pas envie d’être un Enfant Jésus de plâtre, encore moins un porte-bonheur car je suis venu porter le malheur du monde pour que tous les malheureux se sentent soutenus, soulagés, apaisés. Je suis aussi venu éveiller dans le cœur des autres, gâtés par la Vie, l’envie d’aider…
         Même si je ne suis qu’un Enfant Jésus en plâtre, il est normal que je sois le symbole défiguré de toutes les misères du monde. Il serait hypocrite de me restaurer dans le folklore d’une crèche et de me laisser, dans la réalité, souffrir, être rejeté et mourir de faim.
         Toutes ces réflexions finirent par lui apporter un peu de sommeil réparateur.
         Et c’est durant ce sommeil de la nuit de Noël qu’il fit ce rêve :
Il se revoyait, allant chez des amis, accueilli avec beaucoup de joie :
- Comme on est heureux de vous voir… Peut-on faire quelque chose pour vous ?
- Oui bien sûr : pourriez-vous en cette nuit de Noël accueillir un ami, il est seul et handicapé ?
- C’est très regrettable, nous recevons les « nôtres » et vous comprenez, un handicapé ça jetterait un froid.
         Il se revoyait allant chez d’autres et d’autres encore, ayant la même réponse : « Vous comprenez… un visage défiguré… » « Comment, un manchot avec un bras cassé ? »
         Toujours dans son rêve il avait rassemblé tous ces amis et leur avait dévoilé l’Enfant Jésus tout cassé, tout abîmé : « Voilà l’handicapé dont vous n’avez pas voulu… Voilà l’estropié que vous avez rejeté. Il est là le défiguré dont vous avez eu honte. Le voilà le manchot qui vous dérangeait… »
         Le réveil vint interrompre son sommeil et son rêve. Sinon il se serait raconté toute l’histoire de l’humanité avec les blessures faites à l’homme et qui blessent DIEU, avec toutes les turpitudes imposées à l’homme et qui salissent le visage du CHRIST.
         Oui, cet Enfant Jésus de la crèche portait déjà les stigmates du Sauveur. Le temps qu’il aurait passé à le restaurer, il décida de l’employer à aimer les plus pauvres tels qu’ils étaient, comme ils étaient… parce qu’ils étaient des images vivantes du CHRIST défiguré.
         Voilà que brusquement l’Enfant Jésus s’était mis humblement silencieusement, à pleurer. De grosses larmes coulaient de ses yeux. Le petit moine tenta bien de le consoler mais sans y parvenir. Entre ses sanglots il essaya d’expliquer que ce n’étaient que ses bras en plâtre qui étaient ébréchés, son visage d’enfant qui défiguré… 
- Restaurer du plâtre tant que certains défigurent le message de mon Evangile est une hypocrisie :
- Pourquoi, dans mon église, refuse-t-on le baptême à des enfants à cause de l’attitude des parents qui cependant le demandent ? J’ai pourtant supplié dans l’Evangile : « N’éteignez pas la mèche qui fume encore… Laissez venir à moi les petits enfants… »
- Je refuse d’être restauré dans ce symbole de plâtre tant que certains rejettent les souffrants, les malmenés, les divorcés, les condamnés : « Mon Père fait luire son soleil sur les bons comme sur les méchants. »
- je refuse d’être hypocritement réparé au travers d’une statue tant qu’on n’entendra pas mon dernier message, celui d’avant ma mort alors que je m’offrais à chacun sans distinction : « Prenez et mangez- en tous ».
         Après avoir lui aussi, pleuré sur la misère de certains dans son église qui refusaient d’être témoins de la miséricorde de DIEU, notre petit moine soupira longuement et, prenant l’Enfant Jésus dans ses bras, se mit à le consoler :
- Je vais tout de même te restaurer an nom de la tendresse de Marie ta mère, an nom de Joseph ton père nourricier, an nom de tous ceux qui ne s’en laissent pas conter dans ton église,  vivent la douceur, la bonté, l’humilité et savent que les mots succès et réussite ne sont pas évangéliques, au nom du sang des martyrs, des larmes des victimes, du courage des témoins de ton Amour. C’est encore au nom des méconnus qui construisent ton Royaume, au nom de tous les affamés du monde qui attendent un geste de moi pour croire en Toi…
         En final, pour convaincre l’Enfant Jésus de Noël de se laisser faire, il décida de lui détresser sa future couronne d’épines, de la refaçonner en retirant les piquants, de la recouvrir de feuille d’or et de lui donner la forme d’une couronne de Gloire…
         A nouveau JESUS se fit entendre :
- Merci petit moine d’avoir restauré cette statue de plâtre, mais ce n’était pas absolument nécessaire car j’ai déjà été restauré dans les bras de mère Teresa, Sœur Emmanuelle, de l’Abbé Pierre, du Père Pedro, du Père Guy Gilbert et de tous ceux qui aiment, pardonnent et donnent à mon visage la beauté de leur Tendresse.

                                                                               Père André Marie
                                                              
  

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