19 Juin

 

On ne peut pas souffrir
Des souvenirs absents, de traces
Que le passé a laissé traîner en nous
S’ils ont été bons.
Ils ne peuvent faire mal que si,
Par aveuglement, on les laisse devenir
Ce qu’ils n’ont jamais été.
La douloureuse séparation
D’avec un être cher ne doit pas,
Avec les « plus jamais » dont elle s’affuble,
Devenir comme les fenêtres murées
Des enceintes borgnes où la lumière
N’entre plus que par la seule fenêtre
Que le malheur s’est gardé ouverte.
Désensable ta mémoire
De tout ce qui l’enferme.
Vis l’instant tel qu’il est,
Sans le laisser s’embrumer
De tous les « moi je » au creux desquels
La souffrance te laisserait
Te recroqueviller.
Elle te laisserait croire que la fidélité
Consiste à rester un personnage
En deuil de la joie qui l’habitait.

 

Père André-Marie

Au-delà de la vie (tome III)