19 Mai
Souvent, lorsque tu tricotais,
Tu ne regardais pas tes doigts
S’agiter de façon rythmée
Entre les points à l’endroit
Et les points à l’envers.
Parfois, tu élevais ton ouvrage
Comme pour en évaluer,
Par transparence,
La régularité, puis, imperturbable,
Tu continuais la danse de tes doigts.
Alors nos cris te dérangeaient :
« Laissez-moi tricoter ! »
J’ai mis longtemps à découvrir
Qu’il te fallait ce silence
Pour compter les points réguliers
Des torsades ou des chevrons.
Mais lorsque je me souviens
De ton regard à ces moments-là,
Il semblait être de « l’autre côté »,
Noyé dans ta méditation intérieure
Dont le tricot n’était que l’excuse
Qui te permettait enfin de t’asseoir
Et d’arrêter quelques instants
L’interminable course de ton travail.
Père André-Marie
Maman (tome II) |