9 Septembre

 

L’enfant jouait avec des cailloux.
Il les mettait en tas,
Les additionnait, les soustrayait.
Soudain, devenu grave :
« Maintenant, je vais les multiplier… »
Il en gardait un seul
Au creux de sa main…

« Est-ce que tu les vois ? »
A mon regard étonné,
Il répondit : « parce que
Tu crois que tu t’es fait tout seul…
Parce que tu crois que tu es seul
A être matière, humanité ?
Quand je tiens ce caillou
Dans ma main,
Je tiens tous les cailloux du monde… »

J’ai quitté cet enfant un peu fou
Mais j’ai été jaloux de sa folie.
Il croyait, lui, que si je tiens
Au creux de moi, une tendresse,
Ce sont toutes les tendresses du monde
Qui font écho en moi
Au cri de ta présence absente.

 

Père André-Marie

Au-delà de la vie (tome I)