Père André-Marie " Bienvenue à La Demeure "
Livres sixième volet
 
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Pardonne-t-il
l’arbre ?

Pardonne-t-il, l’arbre, à l’automne
Qui fait jaunir ses feuilles,
Au vent qui les arrache ?
Pardonne-t-il, l’arbre,
A la pluie et au gel qui, l’hiver durant,
Pourrissent ses feuilles
Dans la boue du chemin ?

Pardonne-t-il, l’arbre,
A l’enfant qui arrache ses fruits
Pour, en riant, choisissant le plus mûr,
Aller l’offrir à sa grand-mère
Qui n’a plus de dents ?

Pardonne-t-il, l’arbre,
Au bûcheron qui un jour viendra
L’abattre à coups de hache,
Lui couper ses ramures,
Y détruire les nids
Et faire de ses branches
Du bois à brûler ?

Pardonne-t-il, l’arbre, au charpentier
Qui débitera son tronc et le sciera
Pour en faire des planches,
Des poutres et des chevrons ?...

Non, il ne pardonne pas, l’arbre,
Car il sait de toute humilité
Que le nid était vide,
Les oiseaux, envolés,
S’en sont allés ailleurs
Chanter la vie du printemps qui arrive ;
Car il sait que ses branches
Vont brûler au foyer pour réchauffer
Grand-mère endormie,
Cuire son potage,
Et sa pomme de terre sous la cendre.

Pardonne-t-il, l’arbre,
Au scieur de long qui le déchire ?
Le menuisier aura besoin de ses planches
Pour faire la croix du cercueil
De grand-mère en attente de paradis
Et le berceau de l’enfant à venir.

Non, il ne pardonne pas, l’arbre.
Il ne pardonne pas car il n’y a là
Rien à pardonner.
C’est simplement la vie,
Il faut bien qu’elle passe.
S’il ne pardonne pas, même il se réjouit
Des abeilles qui butinent
Leur miel au creux du tronc…
Il se réjouit des oiseaux qui s’abritent
A l’ombre de ses rameaux
Et du merle qui siffle
En haut de la dernière branche.


Il ne pardonne pas, l’arbre,
Car il est patience et humilité.
Il ne possède rien et il donne tout,
Donc rien n’est à pardonner.

N’as-tu jamais entendu
L’arbre rie,
Lorsque le vent fait entendre
Son chant entre ses bras
Tendus au ciel
Comme en supplication ?...

Il rit, l’arbre.
Il rit de toi
Qui crois avoir tant de choses
A pardonner alors qu’il suffit
De laisser le temps
S’oublier en toi
De tes vaines attentes,
De tes orgueilleuses
Prétentions.

Et si parfois, la vie daignait
Pleurer en toi
Des ravages du temps,
Tu trouveras toujours
Un bâton laissé par l’arbre
Pour te faire une canne
Et aller ton chemin,
Un peu plus loin bien sûr,
Mais aussi un peu plus près
De ton Eternité.



Père André-Marie


Enfant du village, l’école n’avait jamais été son fort, l’orthographe moins encore. Seule la poésie de la géographie l’intéressait.
Il se souvenait de la source de la Loire, le mont Gerbier des Joncs. « Le Mont Gerbier des Joncs »… c’était tellement harmonieux à entendre, si poétique…
Et un « géosynclinal »… Quelle musique des mots ! Combien il aimait cette poésie musicale de la g éographie…
Il avait aussi appris le nom des sources, des ruisseaux, des rivières, des fleuves et des océans. Mais il n’en avait retenu qu’une seule chose :
L’eau de la source s’écoule dans le ruisseau, qui s’épand dans la rivière qui nourrit le fleuve et se perd dans la mer.
Un jour, il avait suspendu au bout de son doigt une goutte d’eau. Il l’avait longuement regardée, immobile de peur de la voir tomber. Il s’était dit :
J’ai là, au bout du doigt, un petit bout de l’océan, un petit bout du fleuve, un peu de l’univers. Alors, secouant le doigt, il avait vu sa goutte d’eau tomber et suivre le chemin de toutes les gouttes d’eau qui disparaissent, s’évaporent, deviennent vapeur d’eau, nuages emportés par le vent et s’en vont pleuvoir à l’autre bout du monde.
Durant la journée, il avait, avec sa grand-mère, installé la crèche et mis en place le sapin de Noël avec ses guirlandes, ses étoiles et ses boules lumineuses.
Mamie lui avait interdit de déposer l’Enfant dans la crèche… « Il n’est pas encore né ; ce sera demain soir, après la messe de minuit !
En attendant, enferme-le dans le tiroir de la table ! » Grand-mère avait même été péremptoire.
Comment accepter, lorsqu’on a huit ans, d’enfermer le Sauveur du monde dans le monde frileux et l’obscurité d’un tiroir de cuisine,

avec l’aiguise couteau et le casse-noisette ?
Le soir, il s’était donc silencieusement levé et s’était subrepticement glissé jusqu’à la cuisine. Pour consoler et rassurer l’Enfant, il l’avait emmené avec lui dans sa chambre jusque dans son lit. Ses nounours avaient accepté, sans trop grogner, de lui laisser un peu de place.
Avant de s’endormir, le petit garçon lissa à l’oreille de l’Enfant ces mots tendres : « tu sais, demain ce sera Noël.
Demain, pour toi, il y aura plein de lumière, des étoiles, des bergers, des Rois Mages et même un bœuf et un âne.
N’aie donc pas peur de ce monde frileux. On mettra bien de la paille dans la crèche. Il avait attendu que l’Enfant JESUS soit endormi et s’était endormi à son tour, câlin contre câlin.
Vous êtes-vous déjà endormi avec le Sauveur du monde dans vos bras ? Non ? Comment non ? Vous avez donc déjà oublié ce qu’il dira quelques années plus tard : « Le royaume de DIEU est au-dedans de toi. Non pas simplement le Roi, mais avec lui, TOUT son royaume… »

Tu sais maintenant que JESUS existe en toi. Sais-tu que tu peux rencontrer le Sauveur de l’Univers en accueillant le mendiant qui, au coin de la rue, te permet de vivre la Béatitude : « Bonheur à toi qui m’as accueilli lorsque j’avais faim, lorsque j’avais soif, lorsque j’étais nu. » ? Sais-tu que tu peux le consoler toi aussi et le serrer dans tes bras, puisqu’Il a dit : « Tout ce que tu fais aux plus petits d’entre les miens, c’est à Moi que tu le fais… »



Père André Marie

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